Dans ce mouvement, il y a la vie / Marseille 1

Je suis partie loin ces derniers jours.

Marseille, déjà. Un voyage en soi.

Mais le Vieux Port n’était qu’une première escale. J’ai traversé la méditerranée, juste de l’autre côté, pour Alger, sur les traces de Cervantès. Je me suis sentie bien en Algérie, alors j’ai observé des gamins ensoleillés qui rejouaient une guerre qui n’est pas la leur avec la fraîcheur de leur âge. J’ai rencontré à Beyrouth mes sœurs d’âme qui parlaient de leurs amours contrariées. Je me suis assise longuement dans un pré en Slovénie avec deux vieilles femmes. Quatre saisons pour évoquer une vie. J’arrivais tout juste du Sénégal des années 70 où je m’étais égarée. Il était temps de filer en Asie. J’ai rencontré Rithy Panh au Cambodge qui m’a menée par la main dans les camps de rééducation de son enfance. « Regarde ! m’a-t-il dit, regarde, c’est là que j’ai grandi et c’est là, oui, que je suis devenu cinéaste. Regarde le souriant Pol Pot et l’indifférence du monde. Tu vois, sur ce charnier on fait pousser des potirons maintenant. » Mais tout cela, il me l’a montré avec des figurines d’argile et des décors bricolés, pour que je puisse souffler un peu entre deux images d’archives. Pas parce qu’il m’infantilise mais parce que ces images-là sont si intimes qu’il faut sans doute les tenir à distance.

Surtout, tout doucement, il m’a dit :

« Certaines images doivent manquer toujours, toujours être remplacées par d’autres : dans ce mouvement il y a la vie, le combat, la peine et la beauté, la tristesse des visages perdus, la compréhension de ce qui fut ; parfois la noblesse, et même le courage : mais l’oubli, jamais. »

Une grande rencontre ce Rithy Panh. Un profond et beau voyage son Image manquante. C’était projeté au FID (Festival International du Documentaire) ce week-end et ce sera prochainement sur Arte.

Photo : En maillot de bain devant le Mucem – Marseille – 8 juillet 2013

[ Films évoqués dans ce billet :

Tarzan, Don Quichotte et nous, Hassen Ferhani, 2013 (Algérie)

Loubia Hamra, Haricots rouges, Narimane Mari, 2013 (Algérie)

E muet, Corine Shawi, 2013 (Liban)

A girl and a tree,  Vlado Skafar, 2013 (Slovénie)

Touki bouki, Djibril Diop Mambéty, 1973 (Sénégal)

L’image manquante, Rithy Panh, 2013 (Cambodge) ]

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Une réflexion sur “Dans ce mouvement, il y a la vie / Marseille 1

  1. Pingback: Evasion spatio-temporelle – Marseille 2 | fifty shades of travel

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