Jeunesse romaine

Il est déjà tard lorsque je débarque au cœur du Trastevere, de l’autre côté du Ponte Sisto, ce vendredi soir de printemps romain.

Je dois retrouver Estelle dans une trattoria de quartier, la copine voyageuse rencontrée à Buenos Aires et désormais installée à Rome. Je fais le chemin comme si j’étais venue la veille. Pourtant, deux ans déjà, et quelques fantômes au coin des rues.

En arrivant, le serveur me parle de mon sourire. On est bien en Italie et je souris de plus belle.

Tard cette nuit-là, devant un cocktail au gin qui me monte à la tête, je tords le cou des fantômes.

En arrivant à l’appartement, Estelle me prévient que son colocataire rentre toujours en pleine nuit, souvent accompagné. Au petit-déjeuner, Ricardo affiche un sourire satisfait. Derrière mon bol de café, je retiens tout trait d’ironie.

Aux murs, des affiches de cinéma un peu partout. Sur la porte de la chambre de Ricardo, Nicole Kidman me regarde en coin.

Ricardo passe ses journées à visionner des films et écrire des scénarii qu’il ne parvient pas à placer. Je lui demande s’il aime le cinéma français. Non. Même pas Truffaut ? Non. Allons bon. Quel est son réalisateur préféré ? Kubrick. Ah, oui, l’affiche sur sa porte, bien sûr. Et le cinéma Italien ? Fellini. What else ?

Il parle un anglais de type qui a vu trop de films hollywoodiens et jamais mis les pieds dans un pays anglophone. Un Tarantino qui aurait grandi à Naples.

La jeunesse romaine, je la découvre davantage ce soir-là, au Forte Prenestino, centro sociale très underground de Rome. J’ignorais l’existence des centri sociali, sites atypiques officiellement abandonnés mais en fait investis et autogérés par des associations. Véritables institutions où se retrouvent les jeunes romains pour des soirées festives et peu onéreuses. Je me laisse guider. Au Forte ce soir, concert de Tricky, ancienne gloire du groupe Massive Attack. L’ambiance est très Berlin années 80. Assez punk pour tout dire. La bière n’est pas aussi tiède que je l’imaginais, le concert décevant et la faune rigolote.

On voyage loin, bien loin, de la Piazza Navona, du baroque triomphant et des spaghetti alle vongole.

Photo : Audrey Hepburn et Gregory Peck devant la Bocca della verita in Vacances romaines, W. Wyler, 1953.

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Une réflexion sur “Jeunesse romaine

  1. J’aime bien comme tu sais aimer Rome hors des sentiers battus. J’aime aussi quand tu tords le cou du fantôme…

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