Blue Market

Avenida Corrientes, un building plutôt moderne en plein centre de Buenos Aires. C’est bien là l’adresse griffonnée à la hâte sur une serviette en papier qui trainait dans la guesthouse. 14e étage, porte gauche.

On m’avait dit d’apporter des devises étrangères et je n’étais pas sûre d’avoir bien compris pourquoi. J’ai une carte visa qui me coûte un bras pour trois voyages par an.

– Tu dois changer au blue market.

– Tu veux dire black market ?

– Non, non, blue.

Bien, le marché noir est bleu en Argentine, tenons-nous le pour dit.

Quand même, j’ai un doute avec cette adresse. Le portier répond à mon timide « cambio ? » par un index levé vers le plafond « quatorce ». Il n’a pas levé les yeux de son journal.

Gracias.

Dans l’ascenseur aux portes grillagées qui s’élève j’ai la satisfaction d’imaginer que mes devises, dans le même mouvement, prennent  de la valeur et mon potentiel à me monter des films avec elles.

Qu’est-ce que c’est que ce traquenard ? Sur la porte je lis « immobiliar ». Je sonne. La porte s’ouvre toute seule sur une pièce tout à fait vide et se referme aussitôt. Dans un recoin, un comptoir vide lui aussi.

Je rassemble tout mon espagnol pour me signaler :

Holà !?

Un homme apparait (il sort de sous le comptoir).  La pression retombe d’un coup : il a la tête du sergent Garcia.

Yo necessito cambio… Tengo euros y yo euh

Te casse pas, il a compris.

Le type sort sa calculette, tape des chiffres, me désigne l’écran : 11,50.

Si ?

Au bureau de change  en bas de l’immeuble on achète les euros à 7,50 pesos : ce que l’on appelle le taux officiel.

Si, si.

Regards complices et entendus, je sors mes billets.

Changement de programme : petites coupures c’est 11 pesos.

Muy bien.

L’assistant du sergent Garcia vient de faire son apparition (combien sont-ils là-dessous ?). En moins d’une demi-minute j’ai des liasses de pesos dans les poches et on me pousse vers la sortie. Pas de reçu – évidemment – ni vu ni connu. La porte claque derrière moi.

De quelle couleur était le marché en Grèce, déjà ?

Photo : Guesthouse au cœur de San Telmo, quartier arty et cosmopolite (c’est-à-dire bobo) de Buenos Aires. Muy sympatico. 15 septembre 2013.

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