Elle descendait dans le Midi

Le covoiturage est plus qu’un moyen de locomotion, un esprit.

Esprit de partage, esprit d’économie, esprit des rencontres.

Alors, descendre dans le midi et rencontrer Paul, 25 ans, une Ford fiesta un peu pourrie et un téléphone portable de 2006. Courtier en assurance à Genève, si j’en crois ma liste de clichés, on a un peu de mal à y croire. « M’en fous des bagnoles, je garde mon argent pour aider autour de moi et pour voyager. » Paul se rend à la feria de Béziers. « Tu y vas aussi ? » Paul, voyons, tu vois bien que j’ai passé l’âge.

Quatre heures de route, on a le temps de se raconter.

Les voyages plus ou moins lointains, les amours plus ou moins lointaines elles aussi, les rencontres toujours, les espoirs déçus, l’indépendance qu’il faut concilier.

– Je n’ai jamais été amoureux. J’y crois pas à cette légende, me dit Paul en tapant sur le volant.

– Vraiment ? Tes parents ne se sont pas aimés ?

– Ah si, eux se sont aimés comme des fous.

Il faut voir Paul pour comprendre que derrière ce grand jeune homme aux épaules larges et aux traits d’évidence asiatiques se cache une histoire peu banale.

Mère arménienne. Famille en partie décimée lors du génocide. A la fin des années 70 elle travaille dans un camp de réfugiés qui accueille les vietnamiens en exil. Le soir, elle chante, joue de la guitare. Elle est belle, très belle. Le jeune boat people est affaibli et perdu mais pas assez pour ne pas la voir. De cette rencontre naitront trois garçons, 30 ans d’une vie construite par delà la langue qu’il faut maîtriser, par delà les cultures. Chez eux, il paraît qu’on mange des nems « à l’arménienne ». Pas pu en savoir plus sur la recette.

Paul est allé au Vietnam mais jamais en Arménie. Il est français jusqu’au bout des ongles, a vécu dans un van en Australie et habite aujourd’hui en Suisse. Paul est de sa génération, et c’est beau.

Paul sera amoureux, je le lui ai prédis.

Par contre, Paul, écoute ce conseil : n’emmène plus jamais une femme dîner au Mac Do de l’aire de Montélimar sur l’A7 un week-end de 15 août…

Photo : Le Maracana, Raymond Depardon – Petit café improbable de Bédarieux, dans l’Hérault, toute petite ville du Midi de la France.

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Une réflexion sur “Elle descendait dans le Midi

  1. Tu ne nous en avais pas autant raconté sur ton covoitureur, mais je comprends pourquoi… Tu mijotais cet article qui instruira beaucoup plus largement. Super sympa, comme vous dîtes si bien en tous cas ,cette rencontre…
    Où est la photo de Raymond Depardon?Je ne l’ai pas trouvée Ah, notre Mracana, cette quintessence de province reculée,comme j’aimerais que tous le connaissent!
    H

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