Bons baisers d’Islamabad

On rêve d’un voyage, d’une destination, on fabrique des images, on commence à regarder des cartes, des guides, des sites, lire des romans. Puis on en parle au détour d’une conversation, pour tester son désir, pour voir. On lâche « Pamir », on lâche « Tadjikistan » et on observe les réactions.

Elles viennent :

« Mais enfin pourquoi veux-tu aller dans ce coin du monde, t’es dingue ? »

Est-ce que l’on sait toujours pourquoi on est attiré par cet endroit plutôt que par celui-ci ?

Une ébauche de réponse : parce que Ella Maillart, parce que l’Asie centrale, parce que la poussière, parce que les montagnes, parce que Marco Polo, parce que la route de la soie, parce que l’altitude, parce que la clarté du ciel, parce que les peuples nomades. Et parce que Matthieu Paley

Ses photographies du corridor du Wakhan, la partie afghane du Pamir, ont fait l’objet d’une très belle édition, un livre au titre qui me laisse songeuse : Pamir, oubliés sur le toit du monde. Là, je suppose que je n’irai jamais. La découverte de ces images a été une irrésistible invitation pour l’amoureuse des massifs montagneux, un jalon sur la construction mentale de ce voyage.

Mais…

Neuf alpinistes occidentaux ont été tués dans le Pamir pakistanais au mois de juin – exécution sommaire, sortis des tentes au milieu de la nuit, alignés, une balle dans la tête, terminé. « En tuant des étrangers nous envoyons un message clair au monde » a déclaré l’aimable chef taliban en revendiquant l’attaque. Message bien reçu.

O. qui connait bien la région et qui n’est pas du genre à avoir peur de son ombre, m’a dit simplement que non, ce n’était pas prudent. Alors le Pamir tadjik attendra. Attendra un compagnon de route et des heures plus douces. L’idée que je ne me poserais pas autant ces questions si j’étais un homme m’agace et me place face à mes contradictions. Renoncer n’est pas exactement ce que je fais le mieux. Or, les raisons sont-elles bonnes ?

Il faut recommencer à rêver, désirer, se documenter, lire, préparer.

Le monde est vaste et mon désir sans fin…

Bons baisers d’Islamabad est le titre d’une chanson de Babx.

Photo : Avec l’aimable autorisation de Matthieu Paley – Tous droits réservés – Image tirée de son travail sur le Pamir.

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2 réflexions sur “Bons baisers d’Islamabad

  1. Bonnes ou mauvaises, les raisons qui poussent au voyage aussi bien que celles qui y font renoncer sont déjà un pas fait vers le pays, la culture en question. Pour le voyageur, mais aussi pour ceux qui l’écoutent. Ton désir tadkik m’a ouvert une porte vers cette région du monde, sur ses paysages aussi bien que sur ce qu’il s’y passe. Et ça, sans doute que ce n’est pas totalement rien.

  2. Pingback: L’avenir gronde sous nos doigts | fifty shades of travel

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